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Troisième intervention

Dr Abdelkader Galy, Institut de formation en alphabétisation et éducation non formelle (IFAENF), Niamey – Niger, spécialiste de la formation de formateurs
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01 décembre 2012

Situation de la qualification des enseignants et son impasse perverse

Au Niger, depuis quelques années, le problème de la qualification des enseignants est au centre des débats sur la qualité des enseignements. Deux écoles s’opposent. La première soutient que l’enseignement est un métier qui s’apprend. Enseigner est une qualification qui produit comme résultat la réussite scolaire des enfants. L’enseignement est une carrière qui se déroule et s’enrichit par l’expérience.

La seconde école soutient que n’importe qui peut devenir enseignant, l’urgence est de favoriser l’accès à l’enseignement de base. Pour la qualité, on s’efforcera de former les enseignants pendant l’emploi.

Cette dernière école semble avoir emporté le débat et elle a pu mettre en œuvre sa vision. Ainsi dans le système scolaire on a deux catégories d’enseignants. Les enseignants ayant reçu une formation professionnelle et les enseignants sans qualification qu’on appelle contractuels.

La mise en application de cette vision a vu le nombre d’enseignants évoluer selon la qualification passant de 2 450 en 2001 (16 % du corps enseignant) à 7 774 en 2002 (44 %) pour atteindre le nombre de 36 696 en 2010 soit 85 % du corps. Ainsi en 2001 les contractuels ne représentaient que 16 % du corps au nombre de 2 450. Dès 2002, leur poids montait à 44% leur nombre étant de 7 774 et en 2010, ils sont 36 696 soit 85 % du corps enseignant. Ainsi on peut dire que la profession enseignante qualifiée est moribonde d’autant plus que les plus expérimentés sont appelés à aller à la retraite, laissant la gestion et l’animation de l’école aux novices composés de toutes sortes de personnes titulaires du brevet d’études du premier cycle. Très vite les effets de ce choix se sont fait sentir à travers les résultats scolaires.

Taux d’abandon de 30% en fin de cycle. 
Une comparaison des résultats des élèves en 2005 et 2011 menée par le MEN a montré qu’en français, le résultat moyen sur 100 a régressé en 2011, passant de 52,6 à 45,1 au niveau du CP. Ce résultat reste inchangé au CE2 mais il régresse au CM2 passant de 39,4 à 33,5. En mathématiques, au CP, on note une amélioration car on passe de 45,4 en 2005 à 61,5 en 2011. Cependant dans le même temps, au CE2, on observe une baisse passant de 43,2 à 39. Au CM2 aussi la baisse va de 37,9 à 34.

On a noté certains progrès. En effet le taux brut d’admission a connu une très forte évolution (49,8 % dont 41,3 % pour les filles en 2002 à 98,7 % dont 92 % pour les filles en 2010) soit un gain global de 48,9 points pourcentage. Sur la même période, le taux brut de scolarisation a connu une progression sensible (de 41,7 % dont 33,3 % pour les filles à 72,9 % dont 63,9 % pour les filles). Mais 30 % des élèves qui arrivent au secondaire sont exclus dès la fin de la première année.

Le constat de cette impasse a amené à repenser le système de formation des enseignants par la création de nouvelles écoles normales (le Niger en compte 7 qui correspondent aux 7 régions du Niger). Mais l’existence des ENI ne fait pas disparaitre le fait qu’environ 40 000 classes sont tenues par les contractuels et qu’il est irréaliste de penser les mettre en formation de longue durée. Pour chercher des solutions le Niger s’est tourné vers la prospection de l’enseignement à distance afin de qualifier des maîtres en exercice sans pour autant dégarnir les classes de leurs animateurs.

L’engagement politique et la formulation d’un projet à travers IFADEM

Le Ministère décida alors de s’adresser à l’OIF et l’AUF afin de prospecter la possibilité de mettre en place une expérimentation de l’Initiative pour la formation à distance des maîtres (IFADEM). Il s’agit d’une décision politique majeure que la Ministre de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues nationales (MEN/A/PLN) a prise. Elle a décidé de piloter directement le projet en désignant un de ses conseillers pour coordonner la mise en place de l’IFADEM.

Dans le déroulement de la prospection, le Niger a eu à :

  • recevoir une mission de prospection de l’OIF ;
  • organiser un atelier de partage pour que tous les acteurs qui pourraient jouer un rôle dans le projet, partagent les informations, les objectifs, la pertinence, les modes opératoires, les rythmes de formation, le public cible, les personnes ressources, etc. ;
  • recevoir une mission d’experts pour profiler le projet et faire des propositions à toutes les parties pour la mise en œuvre de l’initiative.

Rôle de l’engagement politique du MEN/A/PLN

L’engagement politique au plus haut niveau devient le moteur qui permet à l’initiative d’avancer. Il reste à mettre en place un comité de pilotage et un secrétariat exécutif qui vont, sous le contrôle de la Ministre, mettre en œuvre l’initiative.

Cet engagement politique n’est pas seulement administratif, il est prospectif. Ainsi, pour soutenir la faisabilité du projet, il faut régler le problème de la connectivité et de la disponibilité d’internet. La Ministre a rencontré l’Administrateur de la Société historique de télécommunications pour créer la relation besoin satisfaction qui a vu la Sonitel installer des lignes Internet dans les sites retenus. Il est escompté que l’école, par l’usage des TICE, va susciter une demande large que la Sonitel va satisfaire. De même la Sonitel, qui s’est engagée à être le partenaire d’accompagnement technique d’IFADEM, réfléchit à la manière de mettre à la disposition de la formation, et particulièrement des tuteurs et des apprenants, des téléphones cellulaires (avec option de recharge solaire pour surmonter le problème du retard dans l’électrification).

On peut retenir que les conditions politiques sont en train de réunir les conditions techniques pour que le numérique vienne au secours de la qualification des enseignants au Niger. La technologie n’est plus perçue comme un outil innovant en plus mais comme un outil performant qui est utilisé pour satisfaire un besoin précis. On escompte que cet engagement politique et la manière dont les choses sont engeancées amène une harmonie entre technologie, usage des technologies, disponibilité des technologies et gestion d’ensemble.