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Portrait du mois : Sandrine NYEBE ATANGANA

Sandrine NYEBE ATANGANA est diplômée de l’école normale supérieure de Yaoundé, et depuis 2006 enseignante de français au secondaire et spécialiste en TICE. Titulaire d'un master 2 ACREDITE (Analyse, Conception et Recherches dans le Domaine de l’Ingénierie des Technologies en Education) délivré par l’université de Cergy Pontoise en 2011. Sandrine, lors de sa formation à l’université de Cergy Pontoise, a effectué une recherche sur l’introduction des TICE dans la formation initiale des enseignants à l’école normale supérieure. Sa recherche porte sur les usages des ordinateurs dans les écoles primaires au Cameroun : effets sur les pratiques pédagogiques.
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25 avril 2016

Bonjour  Sandrine ! Peux-tu nous présenter ton parcours et nous parler de tes projets actuels ?

Bonjour, je suis diplômée de l’école normale supérieure de Yaoundé depuis 2006 en tant qu’enseignante de français au secondaire. J’y ai suivi une formation pendant cinq ans après l’obtention du baccalauréat. C’est la rédaction de mon mémoire de fin de formation qui me met véritablement en contact permanent avec l’ordinateur. Deux ans à peine après ma première prise de service, soit en 2009, je commence à m’interroger sur mon avenir professionnel. Je me suis demandé ce que je pouvais faire d’autre si je n’enseignais pas le français. Alors, comme il m’arrivait de me connecter de temps en temps sur Internet pour me distraire, je parcourais quelques sites institutionnels que je connaissais. C’est ainsi que je me retrouve sur la page de l’Agence Universitaire de la Francophonie par hasard, au mois de mars. L’appel d’offre de formation (FOAD) venait d’être mis en ligne. Je parcours les formations, je ne trouve qu’une seule formation à laquelle je postuler, c’est à l’époque le Master UTICEF (utilisation des TIC pour l’enseignement et la formation). Cette formation était délivrée par le consortium de trois universités: MONS (Belgique), TECFA (Genève) et l’Université de Strasbourg. Le diplôme était délivré par l’Université de Strasbourg. Je postule donc sans trop de conviction pour le Master 1 parce que je n’ai aucune base solide en TIC. A grande surprise, je serai retenue avec l’allocation. En 2010, j’obtiens mon attestation de Master 1 UTICEF.  Au courant de cette année 2010, ce Master est délocalisé à l’Université de Cergy Pontoise. Par la même occasion, l’intitulé va changer pour devenir ACREDITE (Analyse, Conception et Recherches dans le Domaine de l’Ingénierie des Technologies en Education). Je postule également pour le Master 2 ACREDITE. Je suis retenue. J’achève mon année de formation en 2011 par l’obtention du Master 2. Les deux années de formation ont changé ma vision du point de vue de ma pratique professionnelle mais sur le terrain, le changement ne peut s’opérer comme je le pense compte tenu des limites liées aux contraintes matérielles et infrastructurelles. J’ai donc décidé de poursuivre avec la recherche en TICE. C’est ainsi que je m’inscris en 2012 toujours à l’Université de Cergy Pontoise, cette fois pour suivre une formation de préparation à la recherche en technologies éducatives (D.U. tech edu) afin de pouvoir m’inscrire en thèse par la suite. Pendant cette année de formation, j’ai effectué ma recherche sur l’introduction des TICE dans la formation initiale des enseignants à l’école normale supérieure.  J’obtiens le D.U. en 2013 également en formation à distance. Et je suis inscrite depuis octobre 2015 en thèse à l’Université de Cergy Pontoise (Chaire UNESCO- Francophonie et révolution des savoirs). Ma recherche porte sur les usages des ordinateurs dans les écoles primaires du PAQUEB (programme d’Amélioration de la qualité et de l’équité dans l’Education de Base) au Cameroun : effets sur les pratiques pédagogiques.

Parallèlement, j’ai travaillé sur le projet RECATICE en 2014 pour constituer l’annuaire des chercheurs francophones en Afrique subsaharienne, sous la coordination de Marcelline Djeumeni Tchamabe, enseignante chercheure à l’école normale supérieure de Yaoundé. Après ce projet, nous avons toujours travaillé ensemble sur la recherche, relative à la supervision pédagogique et les ressources électroniques en partenariat avec le laboratoire EDA de l’université de Paris Descartes. Cet appel à projet avait été initié par IFADEM. Les résultats dudit projet ont été rendus publics pendant le colloque étic 2 qui s’est tenu en octobre 2015 à Gennevilliers. J’ai également participé à l’atelier de formation à l’écriture scientifique initié par l’AUF, en novembre 2013 à Gennevilliers. Cet atelier visait à outiller les chercheurs novices de manière à ce qu’ils puissent faire connaitre leurs travaux à la communauté scientifique internationale à travers les publications scientifiques. En 2012, j’ai eu la chance également de participer à l’atelier de formation des formateurs TICE, à Rabat, en prélude à la mise en œuvre du projet IFADEM dans nos différents pays. Pendant cet atelier, nous avons été initiés à l’implémentation d’une formation dans la plateforme Moodle en plus des rappels sur le tutorat. Enfin, j’évoquerai ma participation à la deuxième école d’été qui s’est déroulée à Yaoundé en septembre 2014. Mon parcours de formation et les différentes rencontres auxquelles j’ai participé m’ont permis de rencontrer des experts en TICE issus de divers pays et de pouvoir partager les expériences.

Tu as travaillé sur le projet REACTICE. Peux-tu nous parler un peu de ce projet? Quelle a été votre mission ?

Les chercheurs novices ou confirmés en TICE, notamment en Afrique, évoluent de manière isolée et bien qu’ils aient effectué des recherches de qualité, digne d’intérêt pour la communauté scientifique internationale, ces recherches restent parfois inconnues tout comme ces chercheurs mêmes. C’est la raison pour laquelle l’AUF à travers l’IFIC a initié le projet d’enquête visant à constituer l’annuaire des chercheurs francophones en TICE. Cet annuaire permettrait de les rendre visibles ainsi que leurs travaux et éventuellement les réseaux scientifiques constitués par eux et actifs dans le domaine des TICE.  

L’équipe de recherche ayant travaillé pour la région d’Afrique subsaharienne a été constituée à l’école normale supérieure de Yaoundé autour de Marcelline Djeumeni Tchamabe qui y est poste comme enseignante- chercheure au département des sciences de l’éducation.

Les données ont été en majeure partie collectées en ligne grâce à la collaboration entre les deux équipes chargées de l’enquête (équipe du Nord : l’IFE- ENS de Lyon et l’équipe du Sud : l’ENS de Yaoundé), un questionnaire unique a été conçu et mis en ligne par l’équipe du Nord. Le lien a été diffusé sur les réseaux sociaux et par les listes de diffusion. De même, des fiches individuelles ont été conçues pour distinguer les chercheurs novices (master 2 par exemple dans le domaine des TICE) des chercheurs confirmés (docteurs, etc. avec des publications dans le domaine des TICE). Nous avons également établi le contact avec des référents locaux dans plusieurs pays de notre zone d’enquête.

Les données collectées ont été analysées par nos soins tels que les résultats apparaissent dans le rapport. Ces résultats ont montré que la communauté de chercheurs francophones en TICE est riche, avec des chercheurs initialement issus des domaines disciplinaires divers. En outre, ces chercheurs sont concentrés pour la plupart, dans quelques pays. Pour le détail des résultats de l’enquête, bien vouloir consulter le rapport dans les publications de l’IFIC.

Quelles ont été tes principales réalisations dans le numérique éducatif et où en es-tu actuellement ?

Il m’est arrivé pendant ma formation de master 2 ACREDITE de mettre en œuvre une expérimentation d’apprentissage de l’orthographe par les multimédia pendant deux semaines. Il m’a fallu payer la connexion à tous les volontaires à l’expérimentation afin qu’ils puissent réaliser les activités en ligne, qu’ils aient accès à la plateforme d’apprentissage. En effet, tous les élèves n’ont pas accès à la connexion internet aussi bien à l’école qu’à la maison.  Heureusement, ils n’étaient pas nombreux (10 élèves volontaires). Pour cette expérimentation, j’ai conçu un module d’orthographe grammaticale pour les élèves du secondaire, niveau troisième, que j’ai hébergé sur la plateforme claroline d’un établissement de la place. J’ai conçu des activités telles qu’un QCM à réaliser directement sur la plateforme, pour vérifier la compréhension du cours. Puis, une dictée audio que j’ai envoyée à tous les testeurs par mail. Ils devaient télécharger la dictée, l’écouter, puis la saisir à partir du logiciel de traitement de texte, en respectant les règles d’accord et me la renvoyer par mail sous forme de fichier attaché. La dernière activité consistait à produire une narration à partir d’un sujet qui leur avait été proposé, avec comme consigne : mettre tous les verbes ou presque aux temps composés, pour pouvoir accorder les participes passés. Cette activité devait être réalisée en équipe, de manière collaborative, à partir du wiki disponible sur la plateforme. En peu de temps, ils avaient beaucoup choses à découvrir, beaucoup d’activités à réaliser, c’était leur première fois de travailler sur une plateforme d’apprentissage. Mais, ils avaient réussi toutes les activités. En plus, même comme la consigne ne leur avait pas été donnée, lorsqu’ils téléchargeaient la dictée audio, ils l’enregistraient directement dans le téléphone pour réécouter plusieurs fois et quel que soit l’endroit. J’avoue que ce sont ces apprenants qui m’ont amenée à enregistrer désormais les données (par exemple, mes cours) dans le téléphone afin d’en disposer à tout moment lorsque le besoin se fait sentir.

Un ouvrage rendant compte de cette expérimentation a été publié en 2015. Egalement, j’ai publié avec des pairs, en août 2015, une brève sur le portique Adjectif, relative aux modalités d’encadrements des élèves du primaire lors de la mise en œuvre des ordinateurs XO.

Est-ce que tu as déjà utilisé des techniques du numérique éducatif dans tes classes ? si oui lesquelles ? si non pourquoi ?

L’utilisation des techniques du numérique éducatif n’est pas aisée dans mon contexte professionnel car il n’y a pas de projet concernant ce genre d’initiative de la part de l’administration encore moins les infrastructures pouvant favoriser des initiatives personnelles. Certes, dans la plupart des établissements, on retrouve en moyenne une salle informatique équipée de quelques ordinateurs, pas toujours en nombre suffisant pour tous les élèves et destinés aux cours pratiques d’informatique.

Dans mon établissement par exemple, nous disposons de plusieurs salles informatiques mais elles sont destinées aux cours d’informatique pratique ainsi qu’aux disciplines professionnelles nécessitant des logiciels de spécialité puisque j’enseigne dans un établissement d’enseignement technique.

Néanmoins, beaucoup de jeunes aujourd’hui se retrouvent sur les réseaux sociaux pour se distraire. J’utilise donc le même canal (facebook) pour échanger avec certains de mes élèves, les volontaires précisément, en dehors des heures de classe, notamment lorsqu’ils font part des difficultés qu’ils rencontrent dans ma discipline. Il est plus facile de prendre du temps pour en discuter avec eux, voire leur proposer mêmes liens qui peuvent leurs être utiles pour l’apprentissage du français, des notions de grammaire, la méthodologie pour bien rédiger leurs productions écrites. En outre, lorsqu’ils préparent des exposés, et même pour réviser leurs leçons, je les encourage à recourir aux cartes conceptuelles ou heuristiques pour structurer leurs idées et en faciliter la compréhension. Il y a cependant une majorité qui se montre résistant quand il s’agit d’appliquer les pédagogies actives qui les incitent à travailler plus, à concevoir des projets surtout dans les disciplines qu’ils trouvent peu intéressantes, surtout que tous les enseignants ne procèdent pas de cette façon. Toute initiative allant dans ce sens devient difficile à mettre en place.

Je réfléchis tout de même à la meilleure façon d’expérimenter la pédagogie de la classe inversée.

Pourquoi penses- tu qu’il y a moins de femmes engagées dans le numérique éducatif ?  

Pour moi, il y a moins de femmes engagées dans le numérique éducatif à cause des compétences TICE insuffisantes voire absentes. En outre, le recours au numérique suppose une charge de travail supplémentaire. Or, on relève souvent une tension dans le planning de la femme qui rend difficile la conciliation entre le travail, la vie de famille et la formation. Cette dernière nécessite généralement un investissement en temps très important.

Par ailleurs, la formation par les TICE est une alternative à saisir par les femmes car ces technologies permettent de se former sans se déplacer et ainsi continuer à assumer toutes ses charges parallèlement, pour peu qu’on s’organise et qu’on est motivée.

Quels sont d’après toi  les moyens qui pourraient encourager les femmes à s'intéresser au numérique éducatif ?

La formation en TICE est primordiale pour pouvoir s’investir dans le numérique, aussi bien des formations continues régulières que des formations initiales diplômantes ou certificatives. Dans l’ouvrage intitulé Un détour par le futur : les formations ouvertes et à distance à l’Agence Universitaire de la Francophonie (2002-2012), sous la direction de Pierre Jean Loiret,  il ressort par exemple que moins de 20 % de femmes postulent pour des formations ouvertes et à distance. Pourtant pour remédier à cette faible représentation, l’AUF privilégie les candidatures féminines en ce qui concerne l’attribution des allocations.  Il faut donc sensibiliser les femmes, les informer sur la nécessité de se former au numérique sachant qu’à l’heure actuelle, les compétences TICE sont devenues incontournables dans tous les domaines.

En outre, lorsqu’elles parviennent à se former, il faudrait encore les encourager à faire valoir leurs compétences voire à les développer à travers la réalisation des activités qui, a priori, semblent réservées à la gente masculine, grâce à des initiatives telles que le concours  Ellesgorithme lancé par l’AUF à travers l’IFIC depuis le 08 mars. La date limite de dépôt de candidature est fixée au 08 juin 2016. Cet appel, destiné aux femmes francophones, vise à promouvoir le développement d’applications mobiles, par des femmes, en langue française dans le domaine du numérique éducatif.

Est-ce que des évènements typiquement féminins sont intéressants ?

Je pense que les évènements typiquement féminins sont intéressants et sont d’ailleurs à promouvoir car, ils permettent à toute la communauté de s’intéresser aux activités et autres avancées réalisées par les femmes. Même s’il est vrai que pour beaucoup cette discrimination positive ne favorise pas l’égalité puisque le critère sexe est le premier pris en compte, les compétences ne sont pas pour autant négligées. Il ne suffit pas d’être femme pour accéder à une formation ou à un emploi, il faudrait aussi posséder les compétences requises pour aspirer. C’est à mon avis ce qui motive le projet  Ellesgorithme évoqué précédemment.