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Portrait du mois de novembre : Andriankoto Harinjaka RATOZAMANANA

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25 novembre 2016

 

Bonjour Andriankoto Harinjaka RATOZAMANANA ! Pouvez-vous vous présenter et revenir sur les grandes étapes de votre parcours professionnel ? 

Je suis un entrepreneur pionnier dans le secteur des nouveaux médias à Madagascar. 

Co-fondateur de Habaka-Madagascar Innovation Hub depuis sa création (une organisation à but non lucratif) je cherche à réunir la jeunesse malagasy autour des nouvelles technologies et l’entrepreneuriat à travers des activités liées à la Science la technologie, Innovation (STI). Soucieux de contribuer au développement du continent africain par le biais des nouvelles formes de technologie j’ai été , membre du conseil d'Administration d'AFRILABS. Ce réseau compte 35 hubs sur 15 pays d’Afrique. J’ai eu la chance d’être également Conseiller Technique, Membre du Cabinet du Ministre des Postes, des Télécommunications et des Nouvelles Technologies de Madagascar (MPTNT) et membre de nombreux réseaux panafricains pluridisciplinaires de chercheurs, de praticiens et de décideurs pour le développement du continent. 

Je suis aussi connu mondialement après avoir été sélectionné par TED (www.ted.com), acronyme de Technologie Entertainment and Design parmi les 40 premiers TED Fellow en 2007 sur 850 candidatures. TED est souvent cité comme "le Davos des idées et de la communication." En 2014, j'ai intégré la liste des "Choiseul 100 Africa" de la série "Les leaders économiques de demain" - un classement annuel que publie l’Institut Choiseul. Ce think tank international basé à Paris identifie et classe les jeunes dirigeants africains de moins de 40 ans appelés à jouer un rôle important pour le continent africain dans un avenir proche. 

Souvent invité en tant qu’intervenant dans diverses conférences liées au développement de l’entrepreneuriat de la technologie et de l’innovation en Afrique, j’ai côtoyé des personnalités aussi brillantes que modestes qui m’ont beaucoup inspiré. 

Que pensez-vous de la place que doit occuper le numérique dans l’éducation ? 

Je crois fermement que le numérique peut permettre de transformer l’éducation dans les années à venir. Ainsi, nous devons former les enseignants et repenser différemment la pédagogie actuelle en donnant une place primordiale aux nouvelles technologies. 

Je remarque que la plupart des programmes en matières d’éducation numérique en Afrique aujourd’hui se concentrent essentiellement sur l’équipements des infrastructures scolaires et sur le don de tablettes pour les élèves. Cet objectif est certes incontournable mais ne doit pas se passer d’une formation approfondie des enseignants. Les contenus pédagogiques accessibles via les nouvelles technologies doivent être pensés, créés et transmis aux professeurs dans des structures de formation adaptée. 

A Madagascar, Il y a beaucoup d’initiatives où le matériel est apporté dans les écoles alors que la formation à destination des éducateurs n’a pas été pensée et n’existe pas du tout. Tout ce matériel fourni sans ressources pédagogiques adaptées et sans professeur aptes à l’utiliser est alors malheureusement considéré comme un simple gadget. 

Et si vous nous parliez un peu du projet Habaka. Depuis son lancement, quelles ont été ces principales missions ? Qu’avez-vous réalisé? 

Après avoir amorcé la mise en place de l’écosystème de l’entreprenariat à Madagascar à travers l’activité de l’ONG HABAKA, je m’oriente vers la mise en place d’une plateforme d’information économique. Celle-ci servira d’outil de décision pour les investisseurs mais aussi de canal de diffusion afin de promouvoir diverses initiatives. 

Parmi les réalisations concrète au sein de Habaka : nous avons réussi à réunir les acteurs qui feront la promotion de l’entreprenariat autour de la célébration de la Semaine Mondiale de l’Entreprenariat. 

Nous avons mis en place quelques projets qui sont emmenés à être dupliqués dans tout Madagascar avec un projet sur l’éducation numérique dès le plus jeune âge inspiré par le modèle « coderdojo ».

Nous avons également mis en place à Antananarivo un espace de coworking, lieu de convergence des entrepreneurs locaux. Cet espace leur permet de se rencontrer, d’échanger et d’élaborer des projets en collaboration étroite. Des jeunes qui ne sont pas influencés par la réalité d'aujourd'hui, mais choisissent d'être inspirés par la promesse d’un lendemain meilleurs qu’ils créent eux même à travers cette vision partagée.

Quel serait le rôle des fablabs (espace collaboratifs dans l'introduction des nouvelles pratiques pédagogiques) dans le contexte Malgache et Africain de façon générale ? 

Madagascar et l'Afrique ont besoin de plus de jeunes pour imaginer et fabriquer des prototypes novateurs. Notre continent a manqué la révolution industrielle et la fabrication de production de masse. Nous sommes en train de vivre une nouvelle révolution à venir basée sur la fabrication numérique et l'impression 3D que nous ne pouvons pas nous permettre de manquer cette fois-ci. 

Afin de faire de l’Afrique un espace industriel performant dans le monde de demain, il faut mettre en place des pépinières de projet développée dans des fablabs ou des espaces collaboratifs. Malheureusement ce type de lieux manquent cruellement à Madagascar alors que le pays est très connu pour son « system D » et son ingéniosité. 

A mon humble avis, les incubateurs sont bons seulement s’il y a assez de bonnes universités et des laboratoires de recherches qui travaillent autour de prototypes afin que de nombreuses entreprises puissent germer. 

Après avoir participé en tant qu’organisateur ou jury à de nombreux concours d’idée de startup locales et internationales, mais aussi après avoir « coaché» le plus jeune entrepreneur Africain, Gagnant du prix Anzisha 2016, j’ai remarqué que de plus en plus de projets innovants sont développés autour de produits issue de recherches. Ces projets ont non seulement des impacts socio économique mais aussi avec un focus très accentué sur l’employabilité. 

Je pense aussi qu’accélérer un groupe de startups basé sur des idées qui marchent déjà ailleurs ne conduira à rien. Les solutions proposées doivent être uniques à chaque problème et doivent être locales. 

Selon vous, est-ce que les formations universitaires actuelles préparent de façon efficace les étudiants au monde de l'entrepreneuriat ? 

Les formations universitaires actuelles sont très théoriques et ne préparent pas de façon efficace les étudiants au monde de l’entreprenariat. D’ailleurs l’entreprenariat n’est pas encore enseigné chez les jeunes qui sont en post-universitaire. Nous savons tous que la réussite d’un entrepreneur se construit à partir de ses échecs. L’idéal serait de vivre ses échecs très tôt. 

En étant souvent Jury lors de présentation de projets de soutenances d’étudiants à Antananarivo, j'ai pu remarquer que les étudiants développent de très bons projets simplement pour obtenir des notes pour leur diplôme, pourtant les projets sont souvent utiles pour la société et peuvent être mis en place en tant qu’entreprise. 

Il faut également créer des modules transversaux qui permettent aux différentes filières de se croiser. L’idée serait de faire se rencontrer des étudiants des écoles de commerce avec des étudiants dans des filières scientifiques. 

Que pensez-vous de l'évolution de l'usage du numérique dans l'enseignement ? Quelles sont perspectives pour le futur ? 

Dans le futur, l’étudiant sera de plus en plus un agent actif dans la création de sa propre éducation et aura la possibilité de suivre des cours à distance, spécialisés, à la carte, adaptés à sa disponibilité. Je crois beaucoup au « peer learning ». 

Des élèves seront connectés en ligne dans une salle de classe sous forme de MOOC ou de SPOOC. Un grand nombre d’innovations, viendront à court terme bouleverser l’école sous la forme que nous la connaissons actuellement. On parle déjà de tablette connectée par satellite qui délivre du contenu validé par l’éducation nationale à des millions d’élèves. 

Un dernier mot ? 

A travers les médias, nous pouvons voir que le monde est en train de changer. Nous sommes en plein pied dans le le XXI siècle avec une majorité de jeunes d’une moyenne d’âge d’une vingtaine d’année en Afrique.Cette jeunesse a des choses à dire et les nouveaux médias sont à portés de main, d’autant plus que cette voie d’expression est gratuite. 

Cette jeunesse peut et veut apporter leurs idées pour contribuer au développement du continent. Ces jeunes méritent l’attention des dirigeants et des décideurs. 

J’invite les instituions à engager ces jeunes pour les postes à responsabilité car en Afrique on a toujours tendance à s’imposer sur les postes et les responsabilités pendant des dizaines d’années alors que le monde avance vite et les décisions sont souvent dépassées et ne sont plus appropriées à la réalité. 

Enfin, cette jeunesse a besoin d’être éduquée pour que l’humanité continue à innover comme au siècle dernier.

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