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Portrait du mois de mars : Perrine DE COETLOGON, Expert numérique enseignement supérieur Europe & International (MIPNES/DGESIP)

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28 mars 2017

Bonjour Perrine ! Pouvez-vous nous présenter votre parcours ?  

Après avoir étudié le droit français et allemand à l’université Paris-Nanterre puis à Potsdam (Allemagne), j’ai eu un master 2 (Paris-Sud) et j’ai intégré l’école du barreau. J’ai exercé à Paris comme avocate pendant 7 ans. En 2009, suite à un déménagement à Lille, je suis devenue secrétaire générale d’un groupement d’intérêt public (GIP).

J’ai été séduite par ce GIP pour chacun des mots qui compose son acronyme « UNF3S » : Université Numérique Francophone des Sciences de la Santé et du Sport. Comme les 7 autres Universités Numériques Thématiques, l’UNF3S finance, sur appel à projets, avec des fonds publics, des projets pédagogiques innovants. En contrepartie, ces cours numériques doivent être partagés en libre accès sur internet : ce sont des ressources éducatives libres. Celles-ci constituent une grande bibliothèque ouverte à tous : enseignants, étudiants mais aussi toute personne souhaitant accéder à ces savoirs. Par exemple, si vous allez sur le site www.uoh.org (Université Ouverte des Humanités), vous trouverez des ressources très bien organisées pour s’auto-former au français langue étrangère destinées aux enseignants de FLE mais aussi à toute personne souhaitant parfaire son français. J’ai immédiatement adhéré à l’idée de l’éducation ouverte (Open Education).

Comme je me suis intéressée aux questions soulevées par le numérique dès le début de mes études, j’ai participé à l’élaboration des programmes scientifiques des conférences. En 2012 par exemple, la matinée a été consacrée à l’émergence des MOOC, des modules de cours gratuits et en ligne. Je considère que l’engouement suscité par les MOOC a permis de consacrer la liberté de se former tout au long de la vie, grâce à la vidéo et aux plateformes pédagogiques notamment. En cela, ces cours ont apporté un regain d’intérêt pour la Formation Ouverte à Distance (FOAD) qu’ils ont contribué à remettre au goût du jour.

Aujourd’hui, je suis expert numérique Europe & International rattachée à la Mission pour la Pédagogie et le Numérique pour l’Enseignement Supérieur (MIPNES) au Ministère en charge de l’enseignement supérieur français.

Vous avez travaillé sur le portail « sup-numerique.gouv.fr ». Parlez-nous un peu de ce projet ? Quelle a été votre mission ?

L’idée, lancée et aboutie en 2015, était géniale : réunir sur un portail unique tout ce que l’enseignement supérieur français fait d’innovant en pédagogie et en numérique : évènements, moteur de recherche vers les « ressources éducatives libres », calendrier des MOOCs, nouvelles compétences du numériques (PIX), articles sur des expérimentations dans nos établissements, comme passer des examens à distance, outils en libre accès…

J’ai été missionnée dans le groupe de travail « moteur de recherche » composé d’une dizaine de personnes pour représenter les UNT, accompagnée de spécialistes de l’indexation et de deux services du Ministère de l’enseignement supérieur : la communication web et la Mission pour la Pédagogie et le Numérique. L’objectif était de réussir à finaliser, avec l’université de Valenciennes, un moteur de recherche dédié aux ressources éducatives libres que les UNT avaient indexées, soit qu’elles les aient financées soit qu’elles les aient identifiées sur le net. Et ce, en conformité avec les préconisations de l’organisme mondial des ressources éducatives libres, l’Open Education Consortium.  

Pour faire simple, l’indexation correspond aux petites fiches en carton des livres de bibliothèques municipales, en version universitaire et dématérialisée. Elles peuvent indiquer jusqu’à 80 éléments différents mais dans les faits, moins de 10 champs suffisent. Auteur(s), date de 1ère édition, de mise à jour, mots « clés » scientifiques décrivant le contenu, et bien entendu : le lien vers la ressource. Elles permettent aussi à l’auteur, et c’est capital, d’exprimer son souhait de partager sa ressource, de donner le droit de la réutiliser en la transformant ou non. Car, même si le code de la propriété intellectuel s’applique en France, à l’heure du partage mondial de la connaissance, un langage universel traduit en icônes les conditions du partage de l’auteur. Ces communs de la création sont bien connus sous le nom de creative commons : ils permettent aux utilisateurs de visualiser le souhait de l’auteur mieux qu’un contrat, qu’ils ne remplacent pas.

Vous imaginez l’excitation quand le moteur a été finalisé : il a permis de récolter 34.000 fiches, qui peuvent être consultées par thématiques, par auteur, par date, mais aussi de façon transversale si l’on ne met pas de filtre. Ainsi, en tapant « eau », on peut tomber sur des ressources en chimie, en environnement ou en médecine. 

C’est depuis le lancement de sup-numerique que je suis devenue expert du numérique pour l’enseignement supérieur, en Europe, dans les groupes de travail de la commission européenne ou dans les réseaux informels, et à l’International, notamment avec le réseau mexicain CODAES. Je poursuis un travail de communication sur les projets français et francophones et je rapporte des idées des conférences auxquelles je me rends. J’en rends compte sur les réseaux sociaux aussi.

Je me spécialise désormais sur les compétences numériques, la nouvelle « culture générale » du numérique et je me passionne pour les problématiques des données personnelles.

Quel lien pourriez-vous faire entre le portail « sup-numerique.gouv.fr » et le méta-portail IDNEUF ? 

L’organisation Internationale de la Francophonie (OIF) promeut, tout comme l’UNESCO et la Commission européenne, l’éducation ouverte.

Ainsi, quand l’OIF a pris l’initiative en 2015 de réunir tous les ministres en charge de l’enseignement supérieur de ses Etats membres sur le numérique, cela a donné lieu à une Initiative pour le Développement de l’Espace Universitaire Francophone (IDNEUF). Le Ministère français a proposé à l’opérateur de l’OIF sur cette opération, l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) de contribuer à cette opération remarquable en apportant la trame open source de son portail sup-numerique et de son moteur de recherche.

Il est formidable de constater que ces efforts conjugués ont permis d’aboutir en moins d’une année à une plateforme pour trouver les ressources éducatives libres francophones : www.idneuf.org.

C’est quoi l’Open Data ? Quel lien feriez-vous entre les Ressources Educative Libres (REL) et Open Data d’une part, entre les REL et MOOC d’autre part.

L’idée de l’Open Data, c’est de sélectionner et d’offrir des données numériques, publiques ou privées, aux usagers.  Cette offre va être diffusée de manière structurée selon une méthode et une licence ouverte garantissant son libre accès et sa réutilisation par tous, sans restriction technique, juridique ou financière. 

L'ouverture des données (open data) représente à la fois un mouvement, une philosophie d'accès à l'information et une pratique de publication de données librement accessibles et exploitables.

Elle s'inscrit comme l’open education dans une tendance qui considère l'information publique financée par les impôts des citoyens comme un bien commun dont la diffusion est d'intérêt public et général.

Un exemple : en ouvrant ses données relatives au trafic routier, un Etat permet à tous les opérateurs publics et privés d’améliorer toutes sortes de services qui visent à fluidifier le trafic.

L’IFIC et ses activités, vous en pensez-quoi ?

J’ai découvert l’IFIC grâce à sa présence remarquable sur les réseaux sociaux. Le numérique n’a rien de magique : derrière chaque post, chaque webinaire, chaque nouvelle ressource pédagogique numérique et surtout chaque cours et examen, il y a une équipe qui travaille avec détermination à la transmission des savoirs et au développement des compétences numériques de ses enseignants et étudiants.

Avec l’IFIC, l’être humain est vraiment placé au centre de l’éducation. Je le ressens quand je vois le succès de certains posts de l’IFIC sur Facebook.

Et depuis, je suis en relation plus institutionnelle et je vois l’importance d’un tel institut local dans la formation des formateurs et des étudiants.

Selon vous, pourquoi développer les usages du numérique dans les universités ?

On peut parfaitement être un excellent enseignant et croire ne rien vouloir savoir du numérique. Mais s’approprier cette nouvelle culture générale du numérique me semble répondre à deux valeurs fondamentales de l’esprit universitaire : la curiosité et l’esprit critique.

Sous le terme que vous employez « usages du numériques », il y a bien entendu la maîtrise des outils, qui va au-delà de la bureautique (co-construction en ligne, tableurs, présentations…). Mais aussi toutes sortes de connaissances et de compétences : la maîtrise de ses données personnelles, la compréhension des infrastructures numériques (pour éviter les pannes et les piratages), la base de la logique du langage informatique, l’intelligence artificielle et son lien avec l’ensemble de nos données personnelles ou non (big data). Le terrain est si vaste qu’il peut faire peur, mais l’enseigner et le connaître, c’est se donner le moyen d’accompagner les changements et de reprendre le pouvoir si sa vie personnelle et professionnelle.

J’apprécie particulièrement la plateforme PIX (https://pix.beta.gouv.fr/), qui permet à tous, fille, garçon, à partir de 12 ans et tout au long de la vie, de se former par petites touches et de se construire progressivement, en 8 niveaux, un sacré savoir-faire numérique.  

Et puis il y a la production des fameuses ressources éducatives libres dont nous parlons depuis le début de cet article !

C’est un cercle vertueux : les enseignants qui ont des talents numériques partagent, d’autres enseignants peuvent réutiliser leurs productions. Les étudiants ont accès jour et nuit à ces contenus « labellisés ». Les cours et le niveau d’éducation des personnes s’en trouvent élevé, même si c’est difficile à mesurer et à prouver. Et beaucoup d’enseignants ayant partagé leurs ressources ont de belles histoires à raconter, que ce soit des messages d’étudiants les remerciant ou des invitations à témoigner donnant une visibilité nationale ou internationale à leurs travaux, ouvrant la voie à des collaborations scientifiques. Mais cela nécessite aussi une formation ardue : une connaissance du droit d’auteur.

Bref, dans un monde complexe et connecté, l’effort de se mettre au numérique ou de se tenir au courant de ses avancées en vaut la peine. Je n’oublie jamais que j’ai touché mon premier ordinateur à 20 ans et ma première leçon : je ne devais pas avoir peur de « bidouiller », au contraire, c’était comme ça que l’on comprenait.

Quelles sont pour vous les étapes clés de l’élaboration d’un projet numérique ?

Il n’y a pas de projet numérique. Aujourd’hui, élaborer un projet quel qu’il soit, c’est travailler à plusieurs, chacun apportant ses compétences, du temps et de la bonne volonté.

Pensez-vous qu’il y a moins de femmes engagées dans le numérique éducatif ? Quels sont d’après vous  les moyens qui pourraient encourager les femmes à s'intéresser au numérique éducatif ?

Je vois autour de moi beaucoup de femmes engagées dans le numérique éducatif, ingénieur pédagogique, manager, administratives. Visibles ou pas, elles m’ont toujours semblées très attachées à cette nouvelle culture du partage comme vecteur d’égalité dans l’accès à la connaissance pour tous les milieux sociaux, sans distinction de genre et d’origine sociale. Et elles ont réussi à s’épanouir malgré des vies souvent semées d’embuches.

Je n’ai pourtant pas osé étudier et travailler dans le numérique au début des années 2000 : ça m’a pris beaucoup de temps de croire en mon rêve et de me connaître assez pour oser faire ce qui m’intéressait le plus, sans doute à cause d’idées fausses sur la réussite professionnelle. Je suis donc convaincue que les filles et les femmes doivent être encouragées. J’ai suivi avec intérêt le prix de l’IFIC ELLEgoritme pour le développement d’application mobile. Ce genre d’initiative qui permet de connaître des femmes développeurs (elles sont rares) ou dynamiques (elles sont nombreuses !).

C’est une francophone, Sophie Touzé, qui a été nommée le 11 mars 2017 présidente de l’Open Education Consortium. Et moi-même, je viens d’accepter d’animer un groupe de travail sur la blockchain et l’éducation.

Projets IFIC

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