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L’éducation numérique en Afrique : passons à l’échelle supérieure

Les technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement (TICE) alimentent de nombreux espoirs quant aux nombreux défis que rencontrent les systèmes éducatifs en Afrique. Quelles sont les conditions pour faciliter le changement d’échelle des nombreuses initiatives prometteuses ?

30 octobre 2015

Un contexte favorable

En 2015, le taux de pénétration du mobile en Afrique est de l’ordre de 80 % et son taux de souscripteur unique est de plus de 40 %. D’ici 2017, près de 350 millions de smartphones devraient être connectés. Un dynamisme profitable à tous les secteurs d’activité : l’agriculture, la santé, la finance ou encore l’éducation en sont déjà impactées. Des centres d’appels prodiguant des conseils aux agriculteurs, des remontées d’informations médicales par SMS, des solutions de paiement mobile changent significativement la vie des utilisateurs.

Dans le domaine de l’enseignement, de réelles perspectives se profilent également : mise à disposition de contenus de qualité adaptés aux publics cibles, amélioration de la formation des enseignants, promotion d’une pédagogie centrée sur l’apprenant, facilitation des évaluations et des feed-back ou encore collecte de données pour la gestion du système éducatif. D’ici 2020, le marché de la mobile-éducation devrait connaître une croissance annuelle de plus de 50 % en Afrique.

Face aux retours d’expériences et aux évaluations encourageantes, les bailleurs de fonds et les gouvernements appuient désormais cette dynamique. Par exemple, l’initiative francophone de formation à distance des maîtres (IFADEM) menée à Madagascar  entre 2012 et 2013 et coordonnée par l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) a été réalisée en partenariat avec l’Institut national malgache de formation professionnelle (INFP), Orange et l’Agence Française de Développement (AFD).

Cet appui gouvernemental et financier est capital pour que les nombreuses initiatives menées au cours des cinq dernières années changent d’échelle. Cependant, il n’est pas suffisant.

Favoriser l’accès à l’énergie

En Afrique subsaharienne, près de 500 millions de personnes (sur un milliard d’habitants) n’ont pas accès à l’électricité. Miser sur les TICE exige donc de répondre à cette exigence énergétique, notamment pour alimenter les smartphones et tablettes plus exigeantes que les mobiles de base. L’équation économique de plus en plus favorable à l’énergie solaire est encourageante. Alors qu’il était d’environ 4 dollars par watt au début des années 2000, entre 2007 à 2014, le prix d’un panneau solaire a chuté à 50 cents par watt.

Ce besoin criant d’énergie sera très probablement  comblé par un mixage de différentes sources de production électrique (fossile, solaire et hydraulique) et par une extension de sites de production en réseau et hors réseau. Le développement de petits réseaux décentralisés basés sur des énergies renouvelables sera particulièrement adapté en Afrique subsaharienne, vu les vastes étendues à couvrir.

Cet investissement dans l’accès à l’énergie devra s’accompagner d’un renforcement des capacités de maintenance. Faute d’entretien et de formation de techniciens locaux, ces mini-réseaux électriques ne perdureront pas.

Mettre en place des SAV

Beaucoup d’expériences menées dans les années 2000 ont échoué par manque d’entretien des matériels. La mise en place des services de maintenance du matériel est donc un facteur clé de réussite.

Le SAV de ces nouveaux terminaux – d’une plus grande technicité – exige des compétences plus pointues par rapport à celles mobilisées pour l’entretien des mobiles basiques. Mettre en place ces SAV constitue ainsi une réelle opportunité de création d’emplois qualifiés à valeur ajoutée pour les jeunes, de plus en plus nombreux à suivre une éducation secondaire.

Innover dans les modes de financement

Le caractère nomade des nouveaux outils (tablettes, laptop, connectivité 3G, etc.) et le fait que les familles en sont très largement équipées – ou en cours –  bouleversent la pertinence de leur schéma classique de financement, d’équipement et d’usage (définition des besoins en TICE en amont, passation de marchés publics cantonnement de l’usage de ces matériels au sein des institutions d’enseignement). Ne serait-il pas, dorénavant, souhaitable d’inciter au partage (BYOD/apporter vos appareils personnels) de ces équipements entre les familles et les institutions  scolaires ? Cette interpénétration des usages aura des conséquences sur le partage des coûts entre les collectivités publiques, les familles et les entreprises.

Du coté des supports numériques, là aussi, il convient de réfléchir à de nouveaux modèles d’affaires. L’exemple des livres scolaires  en illustre la nécessité. L’essentiel des coûts pour les produire en format numérique est supporté lors de la phase initiale de conception. La dématérialisation permettant une reproduction à un coût quasiment nul, on ne pourra plus produire ni facturer ces ressources pédagogiques de la même manière.

Cette numérisation oblige aussi à repenser les instruments d’intervention publique  (production publique, appel au marché au travers de partenariats public/privé et la stimulation de la dynamique communautaire de création de ressources libres). Il faudra trouver le juste équilibre entre ces trois instruments.

Accompagner les enseignants et les chefs d’établissements

Les technologies ne sauraient constituer à elles seules une solution miracle. L’analyse de la déjà longue histoire de dispositifs pédagogiques les sollicitant – on pense à la radio ou encore la TV –, rappelle que les possibilités pédagogiques avec les apprenants sont multipliées par la diversité des outils multimédia. Pour autant, l’intégration des TICE ne dépend pas tant des avancées technologiques que de leur appropriation pédagogique. Cela nécessite de promouvoir non seulement la formation à des contenus techniques mais aussi le développement de ce qu’on pourrait appeler une culture numérique.

Le mobile learning a d’ores et déjà initié des changements notables et le potentiel des TICE semble immense. Le défi est désormais d’initier des changements de postures et des coalitions innovantes d’acteurs d’horizon divers.

 

Source : "L’éducation numérique en Afrique : passons à l’échelle supérieure",  idées pour le développement, le 29 octobre 2015
Par Erwan Le Quentrec, Manager, Laboratoire de sciences humaines et sociales, Orange Labs

Version anglaise : http://ideas4development.org/en/digital-education-in-africa-time-to-scale-up/

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