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Technologies numériques et diffusion de l'information pendant les périodes de conflit et de crise dans le monde

21 mars 2016
Appel à contribution

La revue Communication, Technologie et Développement souhaite publier un numéro spécial sur le thème : « Technologies numériques et diffusion de l’information pendant les périodes de conflit et de crise dans le monde ». 

Le traitement médiatique de l’actualité internationale par les principales agences de presse (AFP, Associated press, Reuters et Xinhua) et les grands médias internationaux (Al-Jazeera, BBC, CNN, Fox News, RFI ou RT) fait souvent débat depuis plusieurs décennies aussi bien dans le milieu universitaire que dans l’opinion publique. La question du déséquilibre des flux d’informations et des manipulations médiatiques est un débat que l’on peut qualifier d’ancien (cf. Rapport Mac Bride) même si cette situation est encore d’actualité. La dernière décennie, à l’instar des précédentes, a vu les médias accorder une place importante à un certain nombre de conflits. Outre l’éternelle crise israélo-palestinienne, les attentats du 11 septembre 2001, les guerres en Afghanistan, au Congo, en Irak et Soudan, la situation en Colombie et plus récemment le printemps arabe, les attentats terroristes en France, au Liban, au Mali, au Nigeria ou en Tunisie ont occupé une place importante dans l’actualité internationale. La nouvelle politique interventionniste de certains États sous le couvert de l’ONU (Côte d’Ivoire, Libye, Syrie) a également été diversement interprétée. 

Dans le cas des exemples les plus récents, on a pu constater que les technologies modernes d’information et de communication furent incapables de prévenir ou même de limiter la terreur qui a été créée. L’exemple le plus palpable s’est déroulé aux alentours du stade de France où les spectateurs n’étaient pas informés des attaques en cours et ce n’est qu’à la fin du match qu’ils ont réalisé la gravité des événements qui étaient en train de se dérouler. Dans un lieu comme le stade de France où était concentré un nombre important de personnes, le signal du téléphone cellulaire était très faible et la diffusion de l’information prenait du temps. Les spectateurs croyaient que le bruit provenait de feux d’artifice. 

Ainsi, la communication est devenue presque impossible à un moment important de la vie des personnes. Ce même constat peut-il être relevé dans le cas des autres attentats terroristes comme ceux de Madrid, de Londres, de New York ou dans les autres pays du Tiers Monde? Qu’en est-il du rôle de la communication dans les crises économiques vécues par les pays émergents? Que dire de la place de la communication dans le contexte des scandales de corruption, dans les crises sociales, dans la crise des réfugiés syriens qui cherchent à atteindre l’Europe? 

D’autres conflits ou crises peuvent également être retracés. Un exemple brésilien récent l’illustre à juste titre. Dans la ville de Mariana situé dans l’État de Minas Gerais, une digue de l’entreprise minière Samarco s’est brisée. Deux heures avant l’accident, la société a annoncé des tremblements de terre, mais personne n’y a fait attention. En conséquence, boues, déchets solides et eau ont envahi la communauté Bento Goncalves, tuant seize personnes, causant des centaines de sans-abri et la plus grande catastrophe écologique de l’histoire du Brésil. Les déchets ont pollué la rivière (Rio Doce), qui sépare deux états brésiliens. L’entreprise Samarco a reçu une amende du ministère public et des agences de protection de l’environnement. Aujourd’hui, l’image de l’entreprise est fortement ébranlée, les médias diffusent sans cesse ce cas et l’opinion publique souhaite que des mesures soient prises, mais rien n’y fait. Crise de crédibilité. 

À l’ère des technologies numériques, les grands médias traditionnels doivent faire face à la concurrence d’une nouvelle génération de journalistes-citoyens et des réseaux sociaux. Aujourd’hui, des images enregistrées à partir de téléphones cellulaires sont diffusées à une vitesse record sur des sites internet spécialisés dans l’information alternative et régulièrement reprises par de grands médias traditionnels. Avec Internet et les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, etc.), on observe une diversité importante des sources d’information. 

Cette diversification des sources d’information a-t-elle un impact sur la qualité du traitement de l’actualité internationale ? Contribue-t-elle au rééquilibrage des flux d’information ? Quelles sont les nouvelles formes de manipulations médiatiques que l’on observe ?

Pour l’expert brésilien João José Forni (2011), «Un autre aspect à prendre en considération dans la genèse de la crise est la vitesse. Dans le passé, un long moment s’écoulait entre l’information accessible au public et la réaction du marché. Ce temps est révolu. Le contexte relié à la diffusion des nouvelles évolue rapidement» (Forni, 2011, p.391). Pour lui, les crises ne sont plus locales, mais mondiales, transmises en direct de New York, Kaboul ou ailleurs à l’intérieur du Brésil. 

Et que dire de la crise de crédibilité qui secoue les organisations modernes? Le Brésilien Francisco Viana (2001) dresse la liste des caractéristiques de ce type de crise: «L’élément de surprise, le manque d’habitude de traiter avec les médias. Un manque d’informations. La façon dont leurs impacts se diffusent. L’insolite curiosité des médias. La mobilisation de l’opinion publique et des gouvernements. Et ce qui est pire; la perte de contrôle des initiatives» (Viana, 2001, p.167). 

Comme étudiants, universitaires et professionnels de la communication, cette tragédie nous fait réfléchir: quel est le rôle des technologies de l’information et de la communication en temps de conflit et de crise? Au XXIe siècle, le dispositif technologique que nous possédons est insuffisant à répondre au principe de base suivant: la communication avec l’autre. 

C’est à toutes ces interrogations que ce numéro spécial consacré à la contribution des technologies numériques à la diffusion de l’information sur les conflits et les crises dans le monde veut tenter de donner une réponse. Les contributions pourraient aborder les thématiques suivantes : 

• Le traitement médiatique des conflits et des crises dans le monde à l’ère des technologies émergentes; 

• Technologies numériques et nouvelles formes de manipulations médiatiques; 

• Terrorisme, information et technologies médiatiques; 

• Communication internationale en période de crise et de conflit; 

• Cyberactivisme et mouvements sociaux ; 

• Signes de la crise: l’avenir des technologies de l’information. 

Le comité éditorial invite les personnes intéressées à soumettre des propositions (résultats de recherches, pistes de réflexion, analyses, théories, méthodologie, état des lieux, etc.) touchant spécifiquement, mais non exclusivement, les thèmes cités.

Les propositions d’articles (résumé et bibliographie indicative) ne dépassant pas 4 000 caractères espaces compris sont à envoyer avant le 30 avril 2016 conjointement à Christian Agbobli (agbobli.christian@uqam.ca) et Katia Maria Belisário (katia.belisario@gmail.com).

Les articles seront soumis à une double évaluation par deux experts anonymes.

Langues acceptées : français, anglais, espagnol, portugais, arabe, allemand, swahili.

Le volume prévisionnel des articles est de 35 000 signes, espaces, bibliographies, résumés et mots clés compris. Tout article est précédé par un résumé traduit dans une langue autre que celle de l’article. La taille de ce résumé est de 20 lignes maxi­mum. Il est à composer en Times corps 9 italique, interligné 11 points. Les articles complets sont à remettre pour le 30 juin 2016.

Source de l'appel